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Siegfried
Francis Je salue ici Madame Paola et Monsieur Giancarlo Fasoli, de leur nom d'artiste fasoli m&m, les 2 m ne signifiant aucunement Max et Moritz, mais moglie et marito, affirmant bien par là leur statut artistique et social d'épouse et mari, et cela explique beaucoup de choses. Les uvres des couples d'artistes m'ont toujours fascinés. Comment dans un processus de création artistique, où l'individualité en est l'essence même, deux personnes parviennent-elles à créer un objet unique, fruit de leurs réflexions individuelles. Il faut aussi distinguer les artistes qui vivent en couple mais ont chacun leur parcours artistique, on peut penser à Erica et Gian Pedretti, les Claudévard, Françoise et Daniel Cartier pour rester dans notre région ou encore un peu plus loin Muriel Olesen et Gérald Minkoff. L'autre catégorie est le couple qui signe leurs uvres en commun, d'un seul nom. Notre région connaît bien le couple Chiarenza-Hauser qui a été très actif pendant plusieurs années à Bienne avant de se faire connaître à l'étranger. Un couple d'artistes n'est pas toujours formé de personnes de sexes opposés, voir Georges & Georges. La création commune pure est donc plutôt rare mais donne naissance à des oeuvres singulières et uniques dont la gestation a souvent demandé beaucoup de temps. Ils donnent ainsi naissance à quelque chose de particulier, un fruit de leurs entrailles artistiques en quelque sorte. Cette naissance ils l'ont voulue, désirée. Ils y ont travaillé dans un effort commun pour qu'elle soit l'objet parfait dont ils rêvaient. Dans quelle mesure une uvre commune est-elle très différente d'une uvre créée par un seul artiste. A priori il n'y en a pas. Cet objet que vous admirez, quel est la part de la femme, quelle est celle de l'homme. Leur enfant artistique est-il un garçon ou une fille? Je ne crois pas que là soit le plus important, l'essentiel restant qu'une uvre nouvelle a vu le jour, qu'elle est présentée simplement comme une pensée, produite, réalisée par deux êtres humains qui vivent une relation commune souvent très forte. C'est dans cette perspective que nous inaugurons aujourd'hui l'exposition Fasoli m&m qui fiers de leur progéniture la présente au Photoforum PasquArt de Bienne. Le chemin des époux fasoli m&m est long et sinueux. Ils ont cherché leur inspiration sur tous les continents. Ils ont rencontré des sorciers africains, des chamans navajos, des gourous indiens. Ils se sont fondus dans de nombreuses tribus et peuplades lointaines pour s'imprégner de leurs us et coutumes. Partout un seul but : recueillir des sensations, des couleurs, des odeurs, des sensations pour ensuite, lentement, les assimiler, les malaxer pour en extraire le suc, la moelle qui va leur servir à créer. Les travaux de cette exposition ne présentent qu'un aspect du travail de fasoli m&m, mais une part importante. On y trouve les travaux réalisés lors de séjours à Paris, Londres et New York. C'est bien sûr la couleur qui attirent d'abord le regard, couleurs vives des façades ou des affiches publicitaires (Gare de Robespierre). Les compositions sont sobres, les lignes épurées, les photographes reprennent les éléments essentiels de l'architecture des villes qu'ils visitent. Les tags et autres graffitis n'y sont pas absents. Ces photographies sont bien de notre époque. Chacun sait que les façades cachent beaucoup de choses, derrière ces murs toutes les passions, tous les drames, toutes les peines, toutes les joies de ceux qui y vivent. Ces personnages que l'on distingue, à peine parfois, vêtus ou dénudés, vivent-ils vraiment derrière ces façades de Londres ou de New York? Cette femme allaite-t-elle vraiment son enfant dans une station de métro à Paris? Peut-être oui, peut-être non. Mais au fait qu'elle importance? Cette ambiguïté de façade nourrit le travail de création des artististes, ils y mettent en scène leurs propres fantasmes, leur propre identité, leur vue personnelle des choses, leur propre réalité. Car mise en scène il y a, les artistes ne le cachent pas. Grâce à la photographie digitale, aux manipulations informatiques on peut recréer, comme bon nous semble, des mondes imaginaires. Sont-ils si imaginaires que cela? On l'a dit et répété la photographie n'est jamais un reflet parfait de la réalité, il y a toujours une part de subjectivité, une manière de présenter les choses. Avec fasoli m&m on franchit une étape supplémentaire dans l'abstraction propre à chaque uvre artistique. Si nous nous interrogeons devant leur travail, ils ont déjà atteint leur but : les uvres de cette série portent toutes le titre d'espaces interactifs. Et justement notre question à leur propos et la première phase de cette interactivité. Ils suscitent en nous cette interrogation propre à toute forme de créativité artistique, fusse-t-elle le fruit d'un seul artiste ou d'un couple comme Fasoli moglie et marito. Bienne, 24 février 2001
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